L’ascension des machines

Voici un article que j’avais écrit il y a quelques mois, et plus que jamais d’actualité.

Le techno-féodalisme, ce pourrait être le mauvais titre d’un essai de science-fiction sur la technologie et l’hégémonie d’une minorité sur le reste du monde.

C’est pourtant ce qu’avance un certain journaliste économique concernant la robotique, comme les prémices d’une fatalité bien plus proche qu’il n’y parait.

L’avènement de la robotique:

Si vous vous intéressez aux marchés d’un point de vue pratique et actif, vous ne pouvez ignorer l’importance de la vitesse d’exécution des ordres de bourse et donc la place prédominante des robots sur de nombreux actifs.

Pour vous donner un ordre d’idées, un clignement d’œil prend entre 100 et 150ms (ce qui nous situe, sur le graphique ci-dessus, quasiment sous le petit robot noir).

  • 1*10-3 correspond à 1ms (=milliseconde)
  • 1*10-6 correspond à 1μs (=microseconde).
  • 1-10-9 correspond à 1ns (=nanoseconde).

La finance a toujours eu une longueur d’avance quant à l’utilisation de la technologie. Ne cherchez plus les traders à la criée, ils ont quasiment tous disparu au profit d’énormes data centers. Moins faillibles, infiniment plus rapides, plus compétitifs, les algorithmes de trading ne pouvaient que supplanter la vieille garde.

Un peu plus d’actualité, vous avez tous vu ou entendu parler des drones militaires. Ces aéronefs télécommandés, sans pilote, capables de surveiller, renseigner et/ou combattre. Leur autonomie est bien supérieure à celle des avions de chasse. Leur fabrication et leur utilisation sont nettement moins chères que celles d’un avion. La perte éventuelle d’un drone est donc largement moindre tant sur le plan humain que financier.

L’avenir de la robotique militaire se situe clairement dans le remplacement des soldats humains. Pas dans celui du soldat augmenté (cf le projet délirant kuratas). Outre la sécurisation nettement accrue des hommes et des femmes d’armée, le coût opérationnel devrait être grandement diminué (logistique et appui) grâce aux véhicules autonomes, aux robots quadrupèdes « big dog » ou des drones de surveillance.

Sur le plan industriel, la place des robots n’est plus à démontrer. Les bras robotisés sont omniprésents dans les usines d’assemblage. Mais il est dangereux de se situer à proximité, ils demandent une certaine expertise et peuvent coûter jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros (achat, entretien, durée de vie…).

Universal Robots a créé un cobot (= collaborative robot), un bras intelligent et flexible, facile à manier, pas dangereux, abordable financièrement (~22000€), pouvant travailler de concert avec l’humain (dans la même pièce et sans protection), et qui de part son coût et son faible encombrement est susceptible d’intéresser de nombreuses TPE et PME pour tout ce qui concernent les tâches répétitives.

Plus spectaculaire par son apparence (androïde), le cobot Baxter effectue les mêmes tâches.

Dans un registre plus médical, nous pouvons citer les pillules robots qui remplaceront à terme les piqûres (honnies soient-elles!) pour injecter différents types de médicaments (insuline notamment). Nous avons également la société Veebot qui permettra peut-être à terme de ne plus avoir à admirer les hématomes laissés par les prises de sang de charmantes infirmières (ou de vieilles dragonnes) en les remplaçant par de non moins charmantes machines (medibots?)…

Nous pouvons encore citer les robots magasiniers, les robots saisonniers (pour la viticulture et certains types d’agriculture), la domotique (les aspirateurs autonomes, les gardes malades, la surveillance de la maison) etc…

Le champ des possibles est immense et pousse à nous interroger sur la nouvelle place de l’homme.

La peur de l’inconnu

Le fait est que cette révolution en marche effraie. À tort et à raison.

Un robot peut travailler 7 jours sur 7, 24h/24. L’homo sapiens 1.0 est totalement dépassé sur ce plan là. Pensez-vous! L’homme doit dormir, manger, il peut tomber malade, faire la grève, se rebeller et part même en vacances! Le fourbe.

Il est évident qu’il y aura destruction d’emplois. Majoritairement des emplois peu qualifiés, difficiles, répétitifs, ennuyeux. Demandez donc à celles et ceux qui travaillent en usine tous les jours s’ils souhaitent que leurs enfants effectuent le même travail. Leur réponse est sans appel.

D’après une étude récente de Carl Benedikt Freyet et Michael A. Osborne, 47% des emplois américains sont menacés de destruction par l’automatisation (logicielle et matérielle). Soit près de la moitié des emplois aux États-Unis est susceptible d’être remplacée par des robots d’ici une à deux décennies…

Effrayant? Oui si l’on considère que l’innovation n’est plus au service d’un but humanitaire.

Il faut dire que le climat économique et politique actuel est délétère. Les gouvernements successifs, et notamment français, se sont évertués à maintenir un système à coup de rustines et de béquilles sans regarder l’avenir, en s’arcboutant sur le présent. Je pensais qu’en politique, gouverner c’était prévoir… Or si nous regardons notre appareil productif, il accuse son âge. Nous ne sommes plus compétitifs (28ème rang mondial…) et le constat est loin d’être récent (en 97 nous étions 22ème). Ménager la chèvre et le chou, rester sur le statu quo ne permet aucune évolution et amène à cette régression.

Je ne suis pas économiste, loin s’en faut, mais le simple bon sens permet de constater que notre société n’a pas foi en l’avenir. Les guerres, le réchauffement climatique, la répartition des richesses de plus en plus inégales (les 85 plus riches du monde possèdent autant que les 3.5 milliards les plus pauvres…), l’incompatibilité de la croissance économique mondiale avec nos ressources planétaires font qu’il est bien difficile de ne pas voir le mur vers lequel nous nous précipitons.

Mais n’y a t-il pas erreur sur le casting? Si l’avenir fait peur ce n’est pas avec les technologies de demain mais bien avec les conséquences de celles du passé. Il y aura toujours une part de risque, difficilement quantifiable mais l’histoire nous montre déjà le chemin. L’imprimerie, les chemins de fer, le télégraphe, l’informatique personnelle, internet, etc… toutes ont eu un impact sociétal sur leur époque. La question est de savoir si les conditions de la vie humaine se sont améliorées ou pas. La réponse parait évidente. Du moins dans notre société occidentale.

Lorsqu’une innovation ou une invention apparait, si elle parvient à percer, à se mettre en place, à être adoptée par les masses ou par les industries, tout un pan des anciens usages tendra à disparaître à plus ou moins long terme.
Des exemples? Avec internet, continuez-vous à louer des DVD ou bien téléchargez-vous vos films sur les sites de VOD? Continuez-vous à acheter vos CD régulièrement ou écoutez-vous principalement votre musique depuis votre mobile après l’avoir téléchargée depuis des services comme itunes ou spotify? Achetez-vous vos matériels high tech en ligne ou uniquement depuis des magasins en dur? Avez-vous toujours votre vieille encyclopédie de plusieurs tomes et de plusieurs kilos dans votre bibliothèque ou recherchez-vous des réponses depuis google ou wikipédia?

Alors certes, certains secteurs souffrent, des boutiques ferment, des gens se retrouvent au chômage. Mais à côté de tout cela, n’avons-nous pas assister à l’émergence de nouvelles professions? Les administrateurs réseaux, les webdesigners, les référenceurs web, les webmasters, les social media managers etc… Et ce ci ne représente qu’un pan de ce secteur économique. Au niveau hardware, les ventes d’écrans, de tablettes, de smartphones etc… n’ont-elles pas été vectrices d’emplois (techniciens, ingénieurs, commerciaux…)?

Alors qu’en est-il au niveau de la robotique? Destruction d’emplois? Oui évidemment! Mais création également. Qui va créé les robots, qui se chargera de la maintenance, qui va créer de nouveaux services?

Qu’est-ce que cela sous-entend? Et bien qu’il faudra une main d’œuvre plus qualifiée. De nouvelles formations. De nouveaux schémas éducatifs. L’émergence des MOOC permet déjà d’avoir un aperçu de ce qu’il va se produire d’ici quelques années sur l’accessibilité au savoir et à sa qualité.

Car ne nous leurrons pas, si comme l’avancent Freyet et Osborne, la destruction d’emploi sera rapide (10-20 ans) et vu la conjoncture actuelle, le ré-emploi ne sera pas assez rapide.  C’est là, le risque majeur à court terme. Pour éviter un tel écueil, faudra t-il encore être suffisamment véloce pour rattraper notre retard en matière de robotique. La prise de conscience semble avoir eu lieu l’année dernière en mars 2013 avec l’annonce d’un plan de 100 millions d’euros pour replacer la France sur ce secteur.

Car n’allez pas croire que la robotique française n’est pas à la pointe: voyez ces sociétés telles que MedTech, EOS innovation, Sepro et bien évidemment Aldebaran Robotics.

Le techno-féodalisme… Vraiment?

Faut-il véritablement croire en l’hégémonie de quelques sociétés hyper technologiques sur le reste du monde? Pensez-vous vraiment qu’une ou quelques entreprises vont émerger et tout diriger?

Mais bien évidemment! … Bon, je vous l’accorde, je suis un brin provocateur.

Mais le risque d’aggraver encore les inégalités est par contre tout à fait envisageable et probable. Interrogeons-nous sur la répartition des richesses?

En réalité, nous assisterons, comme nous l’avons toujours assisté, à de nouveaux climax momentanés. L’arrivée d’outsiders, de nouveaux usages, de nouvelles tendances sociétales viendront à nouveau modifier les schémas industriels et politiques. Un éternel recommencement. Quelle prospective pour notre société humaine dans les 20 prochaines années? Bien malin celui qui saura répondre. Sauf si bien évidemment, nos politiques restent sur le statu quo. Imaginez: la France, musée du monde… Chouette perspective.

Bref. Passons.

Comme toute avancée technologique, les machines intelligentes nous permettent d’aspirer à une meilleure qualité de vie.

Je le constate déjà avec mon aspirateur robot. Je prends désormais un grand plaisir à exécuter ce genre de corvée tout en lisant un livre ebook. Certes, l’aspiration n’est pas top, les coins de maison restent gris et poussiéreux mais au moins, je me passe de ce type de travail. Bon, de là à dire que je suis devenu sale et feignant, il y a un pas que, vous le comprendrez aisément, je me refuse à franchir.

Plus anciennement, les ordinateurs personnels nous ont tout de même apporter un gain de temps très appréciable. Au revoir, secrétaire et machine à écrire.

Bref, ne soyons pas utopiques. Il y aura des changements, probablement très importants. Mais quels seront leur portée? Nul ne le sait encore.

Finalement, je ne partage pas totalement cette vision techno-féodaliste. Et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord avec l’affaire Snowden. Nous l’avons vu, big brother est vraiment partout. Et les entreprises américaines trainent le boulet NSA avec une crise de confiance majeure des sociétés notamment étrangères. Cela a pour effet de non seulement faire fuir leurs clients vers les concurrents hors du sol américain mais également de pousser à nous interroger sur la protection des données et sur nos libertés fondamentales. La mise en avant des solutions à base de libre (transparence absolue, baisses de coûts) éclairent sous un nouveau jour les perspectives liées à l’accès au code source de tout un chacun sur le logiciel employé.

L’impression 3D est de plus en plus à la mode, de plus en plus accessible. Nous pouvons élaborer nos propres objets. Certains créent même leur propre robot et en open source (4Track par kepler (cliquez sur l’image ci-dessous pour le lien)).

En fait, avec les nouveaux outils numériques, tout un chacun peut désormais « designer », créer, inventer à moindre coût et devenir entrepreneur en vendant son produit dans le monde entier grâce à Internet. C’est ce que l’on appelle le mouvement Makers. Moins présent en France mais bien réel, il prend de plus en plus d’amplitude de part le monde. Vous n’avez pas le matériel, peu importe, rendez-vous dans votre fablab le plus proche et lancez-vous. Voir la carte des fablabs.

Et enfin tout ce qui touche à la désintermédiation par le biais des réseaux sociaux et à la hiérarchisation horizontale. Avec la finance participative, notamment, qui permet de lancer un projet non plus en passant par les moyens classiques (votre banquier) mais par un groupe de personnes avec qui vous partagez votre vision, votre produit et vos objectifs. Cela vous permet non seulement de tester votre ou vos idées tout en lançant votre projet mais également de créer toute une communauté avec qui partager et communiquer. Du bouche à oreille 2.0.

Quel rapport avec le techno-féodalisme alors? Voyez-y comme une alternative avec de la transparence, des coûts réduits, moins d’uniformisation, moins de brevets, avec une meilleure répartition des richesses et donc moins de risques hégémoniques.

Cela dit avec le comportement moutonnier de nos très chers frères humains pour avoir le dernier objet AÏE Truc à la mode, j’imagine qu’une bonne campagne marketing devrait tout de même permettre à nos mastodontes habituels d’émerger de leur secteur économique comme ils l’ont toujours fait.

Allons! Allons! Restons confiants.

 

En aparté

Pour celles et ceux (les millions de visiteurs) ayant déjà lu ma prose, peut-être vous demandez-vous si le site Ykarius va renaître de ses cendres tel un phénix.

La réponse équivaut à un laconique:  « Non!!! »

En réalité, écrire, partager, s’informer, râler en public, en somme bloguer, tout cela me manque. Mais l’envie de bloguer ne suffit pas. Il faut un sujet, une ligne éditoriale.

Hors de question de revenir exclusivement sur le scalping ou le trading (le thème précédent du blog). J’ai assez donné. Ceux qui en parlent le moins sont ceux qui gagnent le plus. Croyez-moi.
La flopée de malandrins dans ce milieu est aussi exponentielle que leur courbe de gains virtuelle et ce sont toujours les plus visibles…

Or donc, ne voulant certainement pas être mélangé ou associé à cette aimable assemblée, je resterai donc peu disert sur ce sujet si ce n’est pour quelques petits coups de gueule de temps en temps, histoire de me détendre.

Alors c’est bien beau d’être expert en son domaine mais rester toujours dans sa bulle empêche de prendre conscience du monde qui nous entoure. Et les sujets intéressants ne manquent pas.

Bref, pour faire court, ce premier article ne reflète qu’une vague envie de reprendre l’écriture. Alors pour celles et ceux d’entre vous qui viennent de remettre les pieds ici, ne vous attardez pas plus longtemps. Repassez dans un mois ou un an. Peut-être y trouverez-vous quelque chose de nouveau mais rien n’est moins sûr…